Artiste d’une intensité rare, Jordi Bonet a développé une esthétique de l’expressionnisme symbolique et organique. Son style se distingue par l’utilisation de matériaux terrestres et robustes — la céramique, le béton, l’aluminium et le bronze — qu’il sculptait avec une gestuelle tourmentée et vibrante. Ses murales monumentales, comme celle du Grand Théâtre de Québec, sont célèbres pour leurs textures denses et leurs bas-reliefs où s’entremêlent des figures humaines, des symboles cosmiques et des éléments de la nature. Il possédait un don unique pour transformer des matériaux industriels ou bruts en une poésie visuelle empreinte d’une grande charge dramatique.
Sa pensée artistique s’articule autour de la condition humaine et de la spiritualité. Pour Bonet, l’art était un cri, une exploration des dualités entre la vie et la mort, la douleur et l’espoir. Profondément marqué par la perte d’un bras dans son enfance et par ses racines catalanes, il cherchait à exprimer l’universel à travers le particulier. Sa philosophie reposait sur l’idée que l’œuvre d’art doit habiter l’espace public pour élever l’âme collective. Il ne voyait pas de frontière entre l’architecture et la sculpture, croyant fermement que l’art devait faire partie intégrante du quotidien des gens pour les confronter à leur propre humanité.