Artiste polymorphe et visionnaire, Charles Daudelin a développé une esthétique de l’abstraction organique et géométrique. Son style se caractérise par une exploration rigoureuse des matériaux — le bronze, l’aluminium, l’acier et le bois — qu’il pliait à sa volonté pour créer des jeux d’équilibre et de vide. Il est le maître des formes articulées et des structures qui semblent défier la gravité. Ses œuvres monumentales ne sont pas de simples objets posés dans la ville ; elles sont des dialogues avec l’architecture environnante, utilisant souvent l’eau (comme dans ses célèbres fontaines-sculptures) pour ajouter une dimension sonore et mouvante à la rigidité du métal.
Sa pensée artistique s’articule autour de l’accessibilité de l’art dans la cité. Pour Daudelin, l’art ne devait pas être confiné aux musées, mais devait « descendre dans la rue » pour habiter le quotidien des citoyens. Il voyait le sculpteur comme un bâtisseur d’espace capable de transformer l’expérience urbaine. Sa philosophie reposait sur l’idée que la forme doit posséder son propre rythme interne, inspiré des forces de la nature. Signataire du manifeste Prisme d’Yeux (aux côtés de Pellan), il a défendu toute sa vie une liberté créatrice totale, faisant de lui l’un des plus grands artisans de la modernité culturelle du Québec.